Depuis sa prise de fonction le 2 décembre dernier, Vincent Mannaert doit gérer de nombreux dossiers brûlants. Après avoir trouvé un nouveau sélectionneur pour les Diables Rouges, le voilà désormais embourbé depuis plusieurs semaines dans le dossier des binationaux. Ces dernières semaines, plusieurs jeunes ont rejeté la Belgique pour d’autres nations : Talbi avec le Maroc, Fernandez-Pardo avec l’Espagne et Karetsas avec la Grèce. Trois joueurs pourtant formés dans notre pays. Alors pourquoi cette fuite des talents ?
C’était déjà trop tard
Il ne faut pas blâmer Vincent Mannaert pour les derniers événements, le patron n’est là que depuis quelques mois et ces dossiers datent de bien avant sa prise de fonction. Selon lui, il a essayé de changer le cours des choses mais c’était tout simplement trop tard : « Pour Matias, il m’a tout de suite dit qu’entre la Belgique et l’Espagne, c’est l’Espagne qu’il voulait. C’était assez clair. Chemsdine lui m’a exprimé sa déception de ne pas avoir eu un contact avec un responsable sportif de la fédération pendant sa revalidation après une blessure grave. Et puis Kos, il hésitait, il voulait m’entendre même si son papa m’avait dit que ça allait être très compliqué de le convaincre. Il voulait entendre ce qu’on avait à dire même si au final il a choisi la Grèce. Mais c’était trois dossiers totalement différents ».
Le cas Talbi a particulièrement marqué Vincent Mannaert : pas question de reproduire cette erreur, les sélectionneurs des équipes de jeunes doivent s’impliquer dans le suivi des pépites. « Je pense qu’un coach d’équipe nationale de jeunes doit avoir le contact avec les joueurs intéressants, c’est très important pour moi. Ça doit être un contact personnel. Alors de nouveau, il ne faut pas faire de promesses sportives mais c’est important que les garçons sentent du respect et de la chaleur. Bien sûr, le but ce n’est pas de donner que des compliments, on est aussi là pour gagner mais je pense que ça doit faire partie du fonctionnement de tous les sélectionneurs nationaux »
Revisiter le système de détection des binationaux
Certaines nations se montrent bien plus efficaces que d’autres pour détecter les potentiels binationaux. Le Maroc est un excellent exemple de ce qui se fait de mieux ces dernières années, une détection efficace qui leur permets d’approcher de nombreux jeunes joueurs. Avec la Coupe du Monde 2030 qui se jouera sur leurs terres, le pays investit énormément dans ses infrastructures mais aussi sa sélection.
Vincent Mannaert veut s’inspirer de ces fédérations qui sont à la pointe de la détection : « On doit tirer les leçons de ce qu’il s’est passé. On doit plus vite, à la fédération, avoir une idée des jeunes joueurs qui ont une binationalité voir une triple nationalité. C’est du travail de préparation. On doit absolument avoir l’information de la binationalité. Si tu n’as pas l’info tu ne peux pas agir. Et avant, on n’avait pas assez d’infos détaillées pour ces joueurs. Ensuite, il faut faire un plan pour chaque joueur qui a le niveau ou qui montre en tout cas le potentiel pour jouer pour la Belgique. Le plus important, c’est la qualité sportive qui compte pour être appelé chez les Diables. Désormais, nous avons une bonne connaissance de tous ces joueurs qui ont une double voir une triple nationalité. On va parler avec eux et essayer de leur expliquer et défendre le projet belge. On a eu beaucoup de sélections cette semaine. Il y a eu, en plus des Diables, les Espoirs, les U19, U18, U17. C’est le rôle des coaches, avec mon soutien, de convaincre les joueurs de jouer pour nous. »
Quid du rôle de la FIFA ?
Ces dernières années, la FIFA a assoupli ses règles quant au changement de sélection pour les joueurs. Depuis septembre 2021, les joueurs doivent remplir cinq conditions s’ils souhaitent pivoter vers un autre pays :
1 – S’il a joué pour sa fédération actuelle au niveau international A en match officiel, à la condition qu’il fût âgé de moins 21 ans lors de sa dernière sélection. 2 – Son dernier match officiel pour sa fédération actuelle a été joué avant le 18 septembre 2020, date d’entrée en vigueur des amendements de septembre 2020. 3 – Il n’a pas connu plus de trois sélections en A 4 – Il faut que trois années au moins se soient écoulées depuis sa dernière sélection en A, et qu’il n’ait jamais participé à une Coupe du monde de la FIFA ou une compétition organisée par une confédération. 5 – Le joueur doit également avoir été détenteur de la nationalité de la fédération qu’il souhaite représenter lorsqu’il a commencé à jouer en match officiel avec sa fédération actuelle.
Une procédure qui empêche une pratique qui avait pris de l’ampleur ces dernières années : offrir rapidement une sélection en A à un joueur pour le bloquer définitivement dans ce pays. Il y a une volonté de la FIFA de faciliter les changements de sélection et il est donc peu probable que l’instance fasse machine arrière : jouer en jeunes ne garantira jamais quoi que ce soit. C’est pourtant ce que souhaite le CEO de l’Union Belge : « Je pense que le règlement de la FIFA n’est pas clair : tu peux jouer un match pour l’équipe nationale belge et chanter la Brabançonne puis aller jouer pour un autre pays, ça ne va pas. Pour moi il faut changer, simplifier les choses. Par exemple, on pourrait mettre en place qu’à l’âge de la majorité, un joueur à trente jours pour prendre une décision définitive sinon tu gardes la nationalité sportive pour le pays que tu as représenté en équipe de jeunes ».
Quoi qu’il en soit, les choses vont changer. Après ces multiples revers, la Belgique compte bien corriger le tir et essayer de conserver ses talents, surtout quand ils sont issus de leur formation. Mais Vincent Mannaert veut aller plus loin : il s’agit également de repérer des potentiels binationaux nés en dehors du pays. On pense notamment à Noah Adedeji-Sternberg, né en Allemagne mais qui joue du côté de Genk et qui a été convoqué en U21 il y a quelques jours.